La direction des caisses de pension suisses en question

Selon le spécialiste de la finance Keith Ambachtscheer, la direction des caisses de pension suisses aurait beaucoup à gagner en suivant le modèle canadien, dont quelques neuf dixièmes les séparent. En effet, le pourcentage de sous-performance des caisses helvètes serait de 0,7% contre 0,6% de superformance du côté des caisses « canadiennes ». Une différence qui se traduit, sur dix ans, par un gain supplémentaire de 31,9 milliards de francs pour les Canadiens… et qui parle d’elle-même, donc, sur la nécessité de revoir l’organisation interne des caisses suisses à la lumière du système canadien.

Bonne gouvernance égale bonnes performances

En effet, toujours selon Keith Ambachtscheer, une bonne gouvernance est la condition fondamentale de bonnes performances. Plus précisément, dans le cadre des caisses de pension suisses, une gestion correcte serait la clé d’un rendement annuel supérieur de 1% à la moyenne, comme c’est d’ailleurs déjà le cas en Suisse parmi les quelques caisses de pension qui s’avèrent disposer d’une gouvernance adaptée.
Mais quelle est-elle, cette direction idéale qui permettrait aux caisses de pension helvètes de rattraper leurs mauvais résultats de ces dernières années ? Selon deux chercheurs suisses, Manuel Ammann et Christian Ehmann, qui se sont penchés sur les réflexions de Keith Amachtscheer, au moins trois points seraient à approfondir.

1. Une question de rémunération

S’imposerait tout d’abord une amélioration de la rémunération des directeurs, proportionnellement aux objectifs poursuivis et à l’importance des fonds investis. Jusqu’à présent, seules 3% des caisses de pension accordent à leur directeur un salaire à la mesure de leurs ambitions. Or, l’exemple canadien le montre, la collaboration d’experts bien rémunérés serait la clé de voûte d’un système efficace et en continuelle croissance. En matière d’investissement, du reste, la sous-traitance est une erreur entraînant des frais inconsidérés et empêchant la direction de se concentrer sur les efforts à accomplir à un niveau interne.

2. Une question de communication

Les gouvernances de la plupart des caisses de pension suisses pècheraient également par manque de communication. En renonçant à mettre des mots sur les choses ou plutôt, pour le dire autrement, à définir clairement les objectifs poursuivis, les directions concernées s’empêcheraient ainsi de mettre en place des stratégies bien conçues et clairement déterminées, s’exposant à obtenir, au bout du compte, des résultats forcément médiocres.

3. Une question de gestion du risque

Enfin, troisièmement, la gestion du risque resterait ignorée par de nombreuses caisses de pension, puisqu’un tiers d’entre elles négligeraient l’étape du stress test pour leurs membres internes, 70% reposeraient sur un organe de surveillance élu indépendamment de son degré de préparation et 39% n’offriraient aucune formation en la matière à leurs directeurs.
Par conséquent, dans ce domaine comme dans les deux précédents, le modèle canadien, qui accorde au contraire une importance notable à la gestion du risque, gagnerait effectivement à être suivi…